Jaipur, la Ville Rose, qui fût une fois ma ville

Dernier tronçon sur la route avec Ram Narayan, mon chauffeur. D’une côté, je suis impatiente d’être à Jaipur car cela fait 5 ans que j’ai quitté cette ville, les larmes aux yeux, dans le coeur, et des douleurs dans le ventre…et je me demande comment je vais me sentir d’être à nouveau là-bas, après qu’elle m’ait tant manqué et si longtemps, je me demande si je vais la reconnaître ou pas, et d’un autre côté, quitter les gentilles personnes que j’ai croisé sur mon chemin n’est pas la meilleure partie des nouvelles rencontres… Ram Narayan est originaire de Jaipur, et quand on arrivera à notre destination, il va avoir 5 ou 6 jours de congé et il va les passer chez lui avec sa famille.

On s’arrête une dernière fois avant d’arriver pour prendre un chai (Thé Masala) ensemble. Je lui ai raconté mon histoire, alors il sait que c’est une importante partie du voyage pour moi. Dès que nous arrivons, il me dit: “Bienvenue à Jaipur!!!”. Cela vient d’un local et ça a d’autant plus de valeur!

Je m’installe dans la maison d’hôte où je vais rester 8 jours (la maison d’une amie d’une amie), et bon, maintenant je ne suis qu’à quelques kilomètres de la maison de ma famille Indienne, avec qui j’habitais il y a 5 ans. J’ai tant attendu ce moment…et maintenant je suis un peu stressée de comment cela va se passer. Je ne voudrais pas me mettre à pleurer ou même avoir les larmes aux yeux. Le contrôle de soi-même va être nécessaire! Mais il faut que j’aille maintenant, ils savent que j’arrive aujourd’hui à Jaipur et ils s’attendent à me voir arriver…et du fond de mon coeur, je veux les voir MAINTENANT!

Première chose, sauter dans un auto rickshaw en direction d’Apex Mall, dans le quartier de Lal Kothi. C’est seulement un trajet de 40 rupees (oui je ne saurais dire la distance…peut-être 2 km!). Juste le fait de donner ma destination au chauffeur de tuk-tuk, j’ai l’impression de lui dire “je rentre à la maison!”. Etre assise ici de nouveau est une sensation formidable, à filer entre les voitures et les motos, sentir la ville vibrer tout autour de soi, et pouvoir la toucher!

Apex Mall n’a pas changé du tout. Je commence à marcher comme d’habitude vers la maison, mais il y a eu tellement de maisons construites en 5 ans, que je me perds. Je demande à un habitant où est le numéro D31 et il me donne sa réponse en Hindi, mais croyez-le ou non, j’ai compris les indications! Woohoo!

Quand j’arrive finalement, au bout de la rue, il y a la boutique bleue (qui fait partie de la maison) où ils travaillent et la maison où j’ai vécu. Me revoilà, 5 ans plus tard. Je l’ai fait! Sudeep me voit dehors, me sourit et me fait signe d’entrer. Sushant, mon petit frère Indien, m’attend, et me sourit. Il a l’air de savoir qui je suis. Il avait seulement 5 ans et maintenant il en a 10, c’est la moitié de sa vie, alors je comprendrais s’il ne se souvenait pas de moi….Je le lui demande et il sourit en me disant que oui il se souvient de moi. Mon coeur chutte.

Il va dans une chambre derrière, appelle mon “Papaji” (Papa= Père, et Ji est une postposition qui reflète le respect, en Hindi), son grand-père (Dadaji – en Hindi, ils différencient les grand-parents maternels: Nana & Nani et les grand-parents paternels: Dada & Dadi)

Quand je vois mon Papaji apparaître derrière le rideau, je ne peux m’empêcher de m’écrier Papajiiiiiii!”, “Haan betiiii” fût sa réponse (“oui ma fille“) et il me prend dans ses bras, ce qui me m’émeut beaucoup car le contract physique entre un homme et une femme n’est pas commun en Inde, dans les lieux publics du moins. Cela me donne une indication du moment spécial que je suis en train de vivre.

J’ai toujours eu de ses nouvelles, toutes les semaines depuis que je l’ai quitté, pendant ces 5 ans, mais le revoir, là en face de moi, avec toute la sagesse que je vois en cet homme, et son coeur si pur. La maison est plus claire car ils ont repeint les murs en vert clair, enlevé le cyber café qu’ils avaient. Donc beaucoup plus de place, joli comme tout! Je m’assieds là, perdue entre le passé et le present. Suis-je en 2008 habitant ici et à travailler dans les bidonvilles, ou en 2013 en vacances, les visitant?

Il me demande comment était mon voyage depuis Mumbai, jusqu’ici: comment était le temps, qu’est ce que tu as vu, comment a été ton estomac avec la nourriture, comment je gère la chaleur, est ce que tu dors bien la nuit…toujours la même chose, en train de se soucier et de prendre soin de moi!

Je lui demande comment va la vie dans les alentours, et il me parle des membres de sa famille (certains je les ai rencontrés), des histoires de l’ONG pour laquelle je travaillais, des quelques bénévoles qui sont restés chez lui , des espagnols qui avaient dit qu’ils seraient de retour à 23h et à 2h du matin, ils  n’étaient toujours pas de retour alors que Papaji dormait dans le salon en les attendant pour leur ouvrir la porte, un Norvégien complètement fou qui avait été malade, après avoir insisté sur le fait qu’il devait à tout prix s’entraîner sur son skateboard devant la maison sinon il allait oublier *humour* et qui avait mis Sushant sur l’engin diabolique, une mère et sa fille qui sont parties après quelques jours seulement car le petit copain manquait trop à la fille, … tellement d’anecdotes sur les autres bénévoles.

Mais aussi de jolies histoires, toutes en provenance d’Irlande, une coincidence je ne suis pas sûre 🙂 … comme par exemple Sara Mc Murry, une femme Anglaise qui a épousé un Irlandais, et qui vit en Irlande, que j’ai eu la chance de rencontrer lors d’un network weekend organisé par EIL (l’organisation qui m’a envoyée en Inde), à Cork, Irlande en Novembre 2012, une femme adorable, qui était revenue plusieurs fois à Jaipur pour apprendre l’Hindi comme moi, ou Emer Jackson, une femme Irlandaise adorable  qui avait aussi logé chez Papaji, que j’ai également rencontrée au network weekend de EIL en Novembre 2011. J’avais fait des photos avec Sara et Emer pour envoyer à Papaji, il était tellement surpris que l’on se soit rencontrées, à des milliers de kilomètres de sa maison, en Irlande. Il m’a aussi parlé d’un gentil garçon Irlandais (évidemment!) qui s’appelle John, si je me souviens bien, qui travaille comme gardien dans une prison à Dublin. Je ne le connais pas, mais d’après ce que j’ai entendu dire de lui, je l’apprécie déjà!

Après un papotage assez long, ce pauvre Sudeep qui avait travaillé toute la journée à la boutique avec sa femme, m’a ramenée au B&B en moto, à travers les rues bruyantes de la Ville Rose, comme ils pensaient que je n’étais pas en sécurité  de prendre un rickshaw. J’ai insisté que tout irait bien, mais quand votre Papa Indien vous dit de faire quelque chose, …vous feriez mieux de vous exécuter, pas de négociations possibles. Et nous voilà partis, mes cheveux volaient partout sur mon visage, je faisais partie de ce fouilli sur une route Indienne, avec les locaux, appartenant une fois de plus au chaos Indien…je ne pouvais pas être plus heureuse!

 

Le Drapeau, le symbole de tout un pays

L’Inde est divisée en Etats (comme la France en Régions, l’Espagne en Provinces, l’Irlande en Comtés etc…) et chacun d’entre eux a leur propre culture, traditions, et langue.

Mais s’il y a un jour dans l’année, où tout le monde est réuni dans le pays pour une occasion, c’est le 15 Août, le jour de leur Indépendance.

Je me devais de célébrer ce jour spécial avec mes petits étudiants des bidonvilles, afin qu’ils puissent comprendre le sens de la fierté nationale, et savoir où se situait leur pays sur la carte du Monde. Le drapeau Indien aurait besoin d’être impliqué dans cette histoire…

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J’avais peur d’offenser la communauté locale sans le vouloir, alors je suis allée demander conseil à mon Papaji (Papa Indien) pour éviter un faux pas. Juste parce que je pouvais toujours aller le voir et qu’il était toujours content d’être cette figure qui prenait soin de moi. Il m’appelait « Beti » , « ma fille » en Hindi (quel sentiment que de se sentir faire partie d’une autre famille, loin de chez soi !)

Une fois, l’idée qui m’était venue a interpellé mon Papaji, et il m’a expliqué qu’en Inde, il y a toute une loi sur le Drapeau Indien. Par loi, j’entends des règles sur la matière avec laquelle il doit être fabriqué, la façon de le disposer (par exemple, s’il est aligné parmi d’autres drapeaux, aucun autre drapeau ne doit être disposé plus en hauteur que celui de l’Inde), comment il doit être utilisé (par exemple : il ne doit pas recouvrir un pupitre à une conférence…ou n’importe où où il pourrait être sali), comment il doit être installé selon l’endroit où il est disposé (ex : bâtiments officiels, véhicule etc…), le drapeau ne doit pas être utilisé pour faire de la publicité, et ne doit pas être recouvert d’écriture…

Aucun drapeau ne doit être endommagé, ou placé de façon à pouvoir être endommagé. Par conséquent, il ne doit pas toucher le sol. Pour cette raison, les gens ne doivent pas s’habiller avec le Drapeau.

Dans beaucoup de pays Européens, les gens iraient à un match de sport avec leur drapeau enroulé autour de la taille, comme s’ils portaient une jupe, autour du cou, comme une écharpe…et ce ne serait pas dramatique s’il tombait au sol. Mais en Inde, ce serait un manque total de respect envers le drapeau.

Et quand Papaji m’a demandé ce qu’il en était du Drapeau Français…je n’en avais aucune idée ! Je n’avais entendu une chose pareille. Tout ce que je savais c’est qu’il était formellement interdit de brûler le Drapeau Français. J’ai regardé sur internet ce jour-là mais n’ai rien trouvé.

Au centre du Drapeau Indien, vous pourrez voir ce qui était originellement le rouet qui représente la volonté de Gandhi que les Indiens fabriquent leurs propres vêtements. Maintenant ce “cercle à 24 rayons” s’appelle Ashoka Chakra ce qui signifie “la roue de la justice”.

La couleur Orange représente la Force, le Blanc, la Paix, et le Vert, la Fertilité.

Depuis que je sais l’estime qu’ont les Indiens envers leur drapeau, l’amour qu’ils portent à leur pays, et leur fierté d’être Indiens, je dois dire que j’ai une certaine admiration, je veux dire, encore plus qu’auparavant.

“Jai Hind” (Longue vie à l’Inde!)

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Une partie de mes élèves avec les drapeaux que j’avais fait pour eux.

Le Choc Culturel, un processus d’apprentissage en soi

L’Inde et le Japon pour moi sont les 2 extrêmes en termes de Culture. J’étais bien consciente qu’il y aurait une transition avant que je m’adapte à mon nouvel environnement. On appelle cette transition « Choc Culturel ».

Heureusement, l’organisation Irlandaise qui m’envoyait en Inde (EIL, Experiment in International Living) ont un fabuleux manuel de pré-départ avec des exercices pour vous faire réfléchir aux problèmes auxquels vous pourriez faire face une fois à l’étranger et comment vous réagiriez à ces situations, ainsi que quelques conseils sur que faire, et ne pas faire.

Le Choc Culturel peut se décrire par un stress, ou de l’anxiété causé par un nouvel environnement. Bien évidemment, c’est une expérience très personnelle mais la plupart du temps, les mêmes sentiments reviennent : la solitude, le mal du pays, le mal être, irritabilité, se sentir dépassé par les évènements. L’image du poisson hors de l’eau est souvent utilisée pour illustrer le « choc culturel » ce que je pense assez approprié.

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Et notre façon de réagir à ce choc est un processus d’apprentissage et d’adaptation à ce nouvel environnement.

On note habituellement 3 phases principales au « Choc Culturel », et on l’appelle la «  Courbe en U » :

  • La lune de miel: excitation d’une nouvelle expérience…
  • Choc Culturel: le stress de situations qui ne nous sont pas familières, nouveaux codes de communication…
  • Ajustement Culturel : bénéficier de l’immersion dans une culture nouvelle, et grandir de cette expérience…

Une des choses qui m’ont affectées en Inde est le manque de sommeil dû à l’humidité et la chaleur la nuit… Je m’endormais finalement lorsqu’il était temps pour moi de se lever pour aller enseigner dans les bidonvilles… Mais juste de penser que la journée qui m’attendait allait m’enseigner quelque chose de nouveau, un nouveau mot, une nouvelle tradition, un fait culturel,  rencontrer de nouvelles personnes…m’a beaucoup aidée et m’a donné l’énergie de continuer.

Chaque jour je me souvenais pourquoi j’étais là, ma passion initiale pour l’Inde, et finalement j’avais réussi à rendre possible ce rêve que j’avais, alors je devais profiter de chaque minute de mon expérience à l’étranger !

J’étais entourée de gens merveilleux aussi qui m’aidaient et me donnaient les clefs pour accéder à leur culture, toujours heureux de partager des choses avec moi, et me faisaient comprendre comment les choses fonctionnaient, comment les Indiens pensaient…ce qui a rendu mon expérience encore meilleure. Je serai éternellement reconnaissante à ces personnes (vous savez qui vous êtes 😉 ). J’ai tellement appris pendant mon séjour là-bas et en suis venue à voir le monde avec leurs yeux également. Il y a des choses que je ne cautionne pas forcément mais je peux comprendre d’où elles viennent, et parfois elles sont plus compliquées qu’elles en ont l’air, pour des yeux occidentaux. Une telle expérience vous enseigne à voir le Monde d’un autre œil, élargir votre perspective.

Et puis évidemment, il y a le retour à la maison, qui peut être aussi une expérience très difficile. On l’appelle la « Courbe en W » (le processus décrit ci-dessus + retour).

Des évènements ont eu lieu à la maison, que l’on a pas forcément vécu complètement avec la famille/amis, des changements ont eu lieu…et il faut se réadapter à ces changements divers, et peu à peu se réajuster à notre vie antérieure. Cela peut prendre un peu de temps mais on ne peut pas négliger cette étape.

Quand je suis revenue de l’Inde, j’ai commencé un travail (une semaine seulement après avoir atterri à la maison) pour une société de pétrole à Genève, Suisse, où beaucoup d’argent est brassé, grandes soirées, deux jours travaillés à Chamonix avec un groupe de collègues à skier tous frais payés, un jacuzzi dans notre chalet… et j’ai trouvé difficile de passer des bidonvilles Indiens…à cela.

Une fois être passée par toutes les étapes nécessaires de cette expérience, on  a appris beaucoup sur l’environnement, les gens, et aussi….sur soi-même.

Cela reste un merveilleux souvenir et parfois je me demande, “etait-ce vraiment moi qui l’ai vécu?”…

 

Expérience au Cinéma Raj Mandir

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Les Indiens ont besoin de rêver. L’industrie cinématographique les aide à rêver. Une croyance commune laisse à penser que les films Indiens sont seulement des films romantiques. Faux ! Il y a, comme dans n’importe quel pays, des films à suspense, des comédies, des films dramatiques, etc. Mais il est vrai que dans une société où le mariage forcé et le mariage arrangé sont toujours bien présents, les Indiens ont besoin de rêver de tomber amoureux, et de choisir la personne avec qui ils vont vivre pour toujours.

Pour cette raison, ceux qui n’ont pas tant d’argent que cela vont très souvent essayer d’économiser pour une séance de cinéma de temps en temps…pour échapper à une réalité qui peut parfois être très dure.

L’organisation d’accueil amenait ce groupe qui était à Jaipur seulement pour une séance d’orientation (qui partait ensuite pour d’autres endroits en Inde) au cinéma pour voir un film Hindi, « Singh is King » (Singh étant un nom populaire Indien). Amit et Gaurav m’en ont parlé et m’ont demandé si je voulais aller avec eux, et j’ai décidé de les rejoindre.

Le cinéma s’appelle Raj Mandir (le Temple Raj, en Hindi), pas loin de M.I. Road, l’avenue principale de Jaipur. Très central.

La première chose qui m’a surprise est que les Hommes et les Femmes ne font pas la queue dans la même file pour acheter leurs billets. Il y a 2 files différentes et 2 guichets. C’est-à-dire qu’un couple qui va au cinéma ensemble ne peuvent pas acheter leurs billets ensemble. C’est quelque chose qui ne m’était jamais venu à l’esprit avant de le voir de mes yeux.

Une fois que vous avez votre billet, vous pouvez entrer dans le bâtiment, après avoir montré votre ticket à la porte d’entrée.

L’intérieur du cinéma est comme un palace, et il y a beaucoup d’espace devant la porte principale pour que les gens attendent avant que la salle s’ouvre, quelques minutes avant le film.

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Quand le personnel ouvre la salle, tout le monde court prendre les places qu’ils désirent et peu de temps après le film commence.

Vous savez, en Europe, une fois que les lumières sont éteintes, tout le monde se tait pour laisser les autres écouter le film ?

En Inde, c’est beaucoup plus joyeux ! 🙂 Chaque fois qu’un acteur très populaire apparait à l’écran,  les gens crient et sifflent. C’est leur moment, ils veulent se relaxer, laisser le stress quotidien en dehors du cinéma et s’exprimer !

Comme vous le savez peut-être les films Indiens ont beaucoup de musique. Et cette musique dans les films sont les tubes qu’ils écoutent à la radio, tout le monde connait les chansons.

Alors il se peut qu’ils connaissent la chanson avant meme de voir le film, et quand la chanson arrive dans le film, ils se mettent à chanter avec les acteurs, tout fort ! Bon, en fait ce ne sont pas les acteurs qui chantent, seulement du playback.

Cela donne une belle ambiance, et d’une certaine façon, ils partagent quelque chose avec le reste de l’audience dans la salle.

…et c’est mon sentiment général sur le temps que j’ai passé en Inde…il ne s’agissait la plupart du temps que de partage !

 

 

Economiser l’eau et l’hygiène

Mon père voyageait pas mal avec son travail depuis que j’étais enfant et parfois ma mère et moi partions avec lui. Je ne sais pas trop pourquoi mais depuis ce temps, j’avais gardé un savon de chaque hotel dans lequel nous étions allés et les avais mis dans une boite que je gardais à la maison depuis des années.

Quand j’ai embarqué pour mon voyage Indien, j’ai pensé que je n’en ferai rien et qu’ils seraient entre de meilleures mains dans celles des gens des bidonvilles en Inde, alors je les ai apportés avec moi…

Un matin, j’ai apporté les savons et decidé de ne pas donner ma classe habituelle et j’ai emmenés mes petits étudiants à un des seuls robinets des bidonvilles dans lequel j’enseignais. Je leur ai demandé de se mettre en ligne et d’attendre pour se laver les mains les uns après les autres.

Par instinct, ils laissaient le robinet ouvert alors j’ai expliqué qu’il serait mieux de le fermer entre chaque personne, car l’Eau est précieuse (encore plus en Inde et au Rajasthan!). L’Eau est utile pour faire pousser des aliments dans les champs, et cela produit de la nourriture pour les familles. Aussi, les gens ont besoins de boire une certaine quantité d’eau chaque jour pour être en bonne santé. Et les animaux aussi.

Cela a amené le sujet de l’eau potable et ils m’ont demandé pourquoi il y avait de l’eau potable et de l’eau qui ne l’était pas, alors j’ai expliqué du mieux que je pouvais, avec ma formation non-scientifique…

L’heure du déjeuner approchait et la nourriture fournie par le Gouvernement Indien allait bientôt arriver, alors je leur ai demandé de se laver les mains de nouveau avant le repas, car l’Hygiene est très importante pour rester en bonne santé également. Surtout que les Indiens mangent avec leurs mains.

Cela leur a paru un jeu au début mais je sais que certains sont rentrés chez eux et ont raconté à leurs familles ce qu’ils avaient appris ce jour-là à l’école alors avec un peu de chance, cela restera gravé dans leurs mémoires…

 

Les chauffeurs de Tuk-tuks

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Les auto-rickshaws pour moi représentent le Folklore Indien par excellence! La simple vue de l’un d’entre eux me rappelle toute l’expérience comme il s’agissait de mon mode de transport principal. La plupart du temps un conducteur d’auto-rickshaw venait me chercher chaque matin et il passait prendre des enfants pour les emmener à une école dans un quartier voisin. Ces enfants étaient adorables, ils venaient de familles de classe moyenne, ils étaient très bien élevés « bonjour », « au revoir » «  bonne journée » et portaient des uniformes scolaires.

Une fois, notre chauffeur d’auto-rickshaw avait mis la radio, et il y avait cette chanson qui passait. Les enfants chantaient, quand tout à coup je réalise qu’il s’agit d’une de mes chansons préférées « Rock’n roll Sonyie » (tiré du film Kabhi Alvida Naa Kehna qui date de 2006) que j’ai sur mon ipod, alors j’ai commencé à chanter avec eux….à leur grande surprise ! Puis le conducteur s’est finalement joint à nous ! Et voilà un heureux rickshaw qui roulait sur les routes de Jaipur 🙂

La circulation en Inde est impressionnante! Il semblerait que chaque voiture part dans sa propre direction sans considérer les autres ou même le code, en traversant des intersections à ce qui pourrait paraître n’importe quand, conduisant très près les uns des autres, que ce soit un vélo, un bus ou une voiture, parfois cela fait peur… mais au final, les statistiques d’accidents sont une agréable surprise ! Oh et j’allais oublier de mentionner que si une vache se trouve au milieu de la rue…alors seulement, le monde (Indien) va s’arrêter pour donner de l’espace à la Créature adorée. Même si elle décide de faire une sieste au milieu de la route ! La vache est le symbole de la Terre et de la Vie et les Indiens l’adorent ! Bref, pour résumer, la circulation Indienne est un désordre organisé…pour ceux qui le comprennent, mais je ne pense pas faire partie de ce groupe de gens 🙂

Cependant j’ai appris à faire confiance aux locaux et m’éloigner de ma mentalité Européenne. J’ai décidé de ne pas m’inquiéter. Parce que même si je m’inquiète, cela change quoi ?

Pendant mon temps libre, pour me balader dans la Ville Rose, je prenais des auto-rickshaws, qui ont un moteur, si j’étais pressée pour aller rencontrer quelqu’un par exemple mais si je ne faisais que errer sans but, j’aimais avoir la possibilité de monter dans un cycle-rickshaw, qui est tiré par un vélo, la puissance humaine uniquement. Parce que les Indiens vivent là et qu’ils sont pris dans leurs routines, ils optent la plupart du temps pour un auto-rickshaw pour aller de la maison au travail et vice versa. Les conducteurs de cyle-rickshaws étaient souvent âgés et vous pouviez sentir les poids des années sur les épaules rien qu’en les regardant, parfois ils ne portaient qu’un pagne à cause de la chaleur et de l’effort physique pour se faire seulement quelques roupies, alors je voulais aider un petit peu. Je négociais le prix normal (moins cher qu’avec un auto-rickshaw) avec eux et à la fin de la course je leur donnais je prix que j’aurais payé avec un auto-rickshaw – après avoir vécu dans la ville vous connaissez plus ou moins les distances et les prix des tuk-tuks. Je ne pouvais pas aider tout le pays…mais je pouvais aider ceux qui croisaient mon chemin.

Certains de ces conducteurs de tuk-tuk m’ont raconté un peu leur histoire sur le chemin, comment ils en étaient venus à devenir chauffeurs de tuk tuk, ce qu’ils aimaient faire lorsqu’ils n’avaient pas de clients pendant la journée (souvent boire du thé masala avec leurs amis chauffeurs de tuk tuk !), l’un d’entre eux allait faire les courses de sa Maman quand il avait un moment de libre, ils m’ont parlé de leurs familles, des autres étrangers qu’ils avaient rencontrés, et parfois même… leurs rêves, ce qu’ils attendaient de la vie…

Ils parlaient toujours très fièrement de leur métier. A les écouter, être un conducteur d’auto-rickshaw, c’était aller à la rencontre du monde autour de la ville, où ils pouvaient apprendre des Cultures des Pays qu’ils ne visiteraient jamais, écouter des langues qu’ils n’entendraient pas s’ils n’avaient pas ces clients qui les parlaient sur leur siège arrière de leur rickshaw, et ils étaient fiers de montrer à ces étrangers, leur jolie ville – parce que oui, Jaipur EST une jolie ville – même si je la vois belle parce que maintenant (dans mon cœur) c’est ma ville en Inde !

Un de ces conducteurs avait un livre d’Or qu’il avait fait signer par ses clients, ou chacun exprimait sa satisfaction lors de son trajet avec lui, et je pouvais voir des étoiles dans ses yeux alors qu’il me lisait les compliments, c’était très touchant, je vous assure ! Il m’a demandé de traduire quelques commentaires en Français et en Espagnol que des passagers avaient laissé dans leur langue maternelle, et je pouvais voir un sourire se dessiner sur son visage alors que je les lui traduisais.

En général, leur vision de moi changeait quand je leur disais que je vivais à Jaipur et que j’étais Bénévole. Je n’étais plus une touriste comme les autres. J’étais là pour aider les leurs du mieux que je pouvais, pour essayer de comprendre leur Culture et m’intégrer, ils pouvaient voir mon intérêt pour leur langue et ils essayaient de m’enseigner deux/trois choses en Hindi, et souvent m’ouvraient leur cœur davantage….

Dans ces moments de doute…

Faire du bénévolat est tellement intense, que cela ne vous laisse pas le temps de penser à ce dans quoi vous vous êtes jetés. Vous le faites parce que vous êtes là pour un certain temps, bientôt vous serez parti(e) et vous savez que si vous ne profitez pas au maximum de ce moment dans le pays & sur le projet, alors vous allez le regretter. Tellement. Alors vous faites tout ce qui croise votre chemin de façon à ne rien manquer.

L’adrénaline est présente, chaque jour qui passe,alors que vous apprenez quelque chose de nouveau, que ce soit un nouveau mot dans la langue locale, une nouvelle tradition, une nouvelle fête religieuse, ou rencontrer de nouvelles personnes.

C’est surement la raison pour laquelle je n’ai pas écrit de blog lorsque j’étais à l’étranger et que je le fais maintenant, 7 ans plus tard. Toutes ces années, j’ai vu à quel point cette expérience m’a changée pour toujours, et je connais le bénéfice d’une telle expérience, en dehors, dans ce monde.

Vous ne pouvez prendre le temps de penser à ce qui est arrivé dans la journée que le soir avant de vous endormir, toutes les bonnes choses qui ne vous seraient pas arrivées sur vous étiez resté(e) à la maison, le progrès de vos élèves et ensuite, parfois vous vous demandez si vos efforts en vaillent la peine, que va-t-il arriver quand vous serez parti(e), qui va prendre la relève pour enseigner à vos élèves, ou est-ce que la question est : est-ce qu’ils auront vraiment quelqu’un qui va prendre votre place, est-ce que vous devriez vous inquiéter pour leur avenir etc…

Dans un de ces moments de doute, je suis allée voir Vinita le lendemain matin, un des Directeurs de mon organisation d’accueil, Vinita est une personne très douce, elle m’a écoutée et m’a raconté l’histoire d’une fille nommée Anu qui vivait dans un autre bidonville que celui où j’enseignais. Elle était, petite fille, élève dans une classe comme les miennes, avec un autre bénévole. Quand elle est devenue adolescente, mon organisation d’accueil lui a proposé de continuer d’étudier gratuitement, elle était si brillante, nous ne pouvions pas gaspiller son intelligence, mais sa famille et sa communauté étaient réticents à cette idée (pour les raisons décrites dans mon article « La condition des Femmes en Inde »).

L’ONG a essayé d’adoucir les choses en allant parler avec la famille, en expliquant qu’Anu serait dans une meilleure position pour les aider financièrement si elle était autorisée à suivre ce cours, que si elle restait à la maison, il s’agissait d’un investissement à long-terme. Ses proches ont finalement accepté que leur fille aille à ces cours d’informatique après les tâches domestiques, et c’est ce qu’a fait Anu pendant 2 ou 3 ans. Ensuite, après avoir terminé le dernier niveau de ce cours, on lui a remis un certificat comme preuve de ce qu’elle avait accompli.

Puis elle a cherché du travail afin d’aider ses parents à la maison pour élever ses frères et sœurs, a trouvé un poste de secrétaire dans une petite entreprise dans le centre ville de Jaipur car elle pouvait lire, écrire, et taper à l’ordinateur. Depuis ce jour, elle est devenue populaire dans son bidonville, tout le monde savait qu’elle était la femme qui s’était battue pour obtenir une éducation, à qui IDEX (Indian Development Exchange) avait offert cette chance et qui maintenant pouvait aider son père à ramener de l’argent à la maison. Elle était financièrement indépendante, ce qui n’était pas chose courante en Inde. C’était une belle histoire, et en me la racontant, Vinita avait réussi à me redonner espoir. Je n’étais pas là pour rien, et j’en étais de nouveau convaincue !

L’affection en Inde

Le 22 mai, le peuple Irlandais va voter OUI ou NON au Mariage Gay. Cela me rappelle une de mes toutes premières expériences, quelques heures seulement après l’atterrissage à l’aéroport de Mumbai, en attendant mon vol pour ma destination finale, Jaipur, la Ville Rose.

J’étais assise dans le hall moderne de l’aéroport de Mumbai, la section pour les vols internationaux, en train de lutter pour ne pas m’endormir, car un bébé avait pleuré tout le long du vol de Londres Heathrow à Mumbai et je ne m’étais pas vraiment reposée. Donc lire n’était pas une solution, je serai tombée dans les bras de Morphée, or j’étais toute seule avec ma valise, pour prendre soin de moi-même. Alors je regardais le mouvement dans le bâtiment. Parmi les voyageurs, j’ai vu 2 hommes, j’en ai déduis qu’ils étaient du personnel de l’aéroport par leur uniformes, qui se tenaient par la main.

Je savais déjà que dans la Culture Indienne, les couples ne se montrent pas d’affection en public: se tenir par la main, se prendre dans les bras, plus généralement se toucher, et s’embrasser ne sont pas considérés comme un comportement approprié.

C’est la raison pour laquelle, ces 2 hommes se tenant la main m’a surprise. Alors plus tard, une fois dans ma Communauté Indienne, j’ai posé la question à ce propos et ma supposition était juste : ces hommes n’étaient pas un couple gay, mais des amis très proches. Dans ce cas précis, se tenir la main est acceptable (des personnes de même sexe) et en effet, très commun en Inde. Cependant, ils devaient être en pause, autrement ce n’est pas professionnel, m’a-t-on dit.

Cela voudrait-il dire qu’il est acceptable de démontrer l’AMITIE en public, mais pas l’AMOUR ?

Bon, alors dans l’esprit des Indiens, la raison pour cela est qu’aucun comportement ne devrait susciter l’excitation sexuelle sur la voie publique. Dans le Code Pénal Indien, offenser les autres par des « actes obscènes » est considéré comme criminel et peut-être puni de 3 mois de prison ou une amande, ou les deux. Par « Actes obscènes », ils désignent plus généralement les signes d’affection publics.

Ces choses-là devraient définitivement rester dans la sphère privée, à la maison, derrière des portes fermées.

Je ne dirais pas que c’est la bonne chose à faire mais, après avoir assisté à l’autre extrême dans l’Ouest, je comprends malgré tout d’où ils viennent avec cette idée, mais bien sûr cela va ici bien trop loin.

La Famille Indienne

Premièrement, la notion de “petit ami/petite amie” en Inde n’existe pas. C’est quelque chose qu’ils connaissent vaguement de la Culture de l’Ouest, de personnes qu’ils ont rencontrées ou des choses qu’ils ont vu à la TV, mais dans la société traditionnelle Indienne, il n’y a pas de place pour ce status.

Mon “Papaji” (Papa Indien) avait l’habitude de me demander, qu’est ce que cela veut dire et de quoi s’agit-il lors que l’on parle de “petit ami/petite amie”? – C’est quelque chose que je n’avais jamais eu à expliquer de toute ma vie. J’ai trouvé un moyen mais cela ne faisait pas de sens pour lui (il avait 74 ans a l’époque). Quand il entendait des Volontaires parler de “petit ami/petite amie”, il me regardait en souriant, l’air de dire “Je ne sais toujours pas ce que cela signifie…mais OK!”, et c’est finalement devenu une sorte de blague entre nous. 🙂

Ensuite, les Parents choisissent le mari (pati) ou la femme (patni) pour leurs enfants (mariage arrangé). Cela est perçu comme une intention bienveillante de la part des Parents, ils prennent grand soin de leurs enfants afin de leur choisir le meilleur avenir. C’est en réalité un devoir pour les parents. Et cela est habituellement accepté par les enfants. L’amour n’est pas un critère. Comme disent les Indiens “L’amour vient après le mariage”.

Des critères Economiques et Sociaux seront pris en compte. Social se refère plus précisement au “système de castes” original.

Vous avez 4 castes principales en Inde (de la plus élevée à la plus basse):

– Brahmanas (les Religieux)

– Kshatriyas (les Guerriers)

– Vaishyas (les Commerçants)

– Shudras (Les Paysans)

Et tout en bas de l’échelle, vous avez “les Dalits” (les Intouchables): les autres castes ne doivent pas avoir de contact physique avec eux. Ils sont nés dans cette situation et rien ne peut y être changé, pour cela il est extrêmement difficile pour ces personnes de s’élever dans la société.

La Religion est aussi un critère: la plupart de la population en Inde est Hindu. D’autres religions sur le territoire Indien sont: Jainisme, Islamisme, et Catholicisme (seulement 2% cependant).

Les mariages d’amour sont exceptionnels, et en general mal acceptés des plus vieilles générations.

Après le mariage, la fille quitte sa propre famille pour aller vivre dans la famille de son conjoint, avec ses parents. D’autres couples aussi, s’il y a des frères eux aussi mariés.

Dans la tradition, la fille doit pleurer lorsqu’elle quitte sa maison et ses parents et des photos seront prises comme pour d’autres moments clé de la cérémonie (qui dure plusieurs jours).

Rarement un jeune personne aura vécu indépendamment avant son mariage.

Une fois le couple marié, la Famille (qui ne se limite pas juste aux parents, frères et soeurs) peut parfois mettre une pression énorme sur le couple pour qu’ils fassent des enfants. La raison pour cela est souvent juste une question de ce que les autres familles vivant aux alentours vont penser et des rumeurs.

Orientation

Avant de sauter à pieds joints dans le projet, j’ai eu une session d’orientation avec mon organisation d’accueil, IDEX (pour Indian Development EXchange). Leurs bureaux étaient à 400 mètres là où vivait ma famille d’accueil, ce qui était plutôt pratique. Ce jour j’ai donc eu:

– un cours d’Hindi avec mon coordinateur Kehari: il m’a enseigné les bases, ce que je pouvais utiliser par la suite avec les enfants en donnant mes cours dans les bidonvilles …(le mode impératif était très utile mais le vocabulaire je l’avais déjà grâce à mes cours):“bolo” (dis), “beto” (assieds toi), “chalo” (va)…

– une présentation sur les Garderies (“Anganwadi” en Hindi) avec Subhadra: leur but, comment elles fonctionnent, à qui elles appartiennent, qui sont les employés…

J’ai appris que beaucoup de familles envoient leurs enfants le matin uniquement parce que le Gouvernement fournit le repas aux enfants presents à l’heure du déjeuner, mais l’après midi, ils s’en vont. Un des objectifs d’IDEX était de faire en sorte que ces enfants restent l’après-midi pour d’autres activités.

– une présentation sur la Condition des Femmes en Inde: l’Education & alphabetisation, comment elles sont perçues dans le cocon familial, quel est leur rôle au sein de la famille.. – Je pense que c’était logique que ce soit une femme qui me présente cette partie-là.

Pour cela, on m’a demandé de porter plus d’attention aux filles à la Garderie, afin qu’elles obtiennent l’attention qu’elles n’avaient pas à la maison. Cela leur donnerait une certaine confiance en elles-mêmes.

– une présentation sur la Culture Indienne: en gros, Subhadra m’a expliqué les choses qu’une personne de l’Ouest (Européenne, Américaine…) pourrait faire et qui mettrait mal à l’aise notre nouvelle communauté en Inde, de façon à ce que le Bénévole puisse continuer son expérience de la meilleure manière possible. Tout ce qu’elle m’a dit, je le savais ou alors ce n’était que du bon sens pour moi.